Du veau d’or au collector : Fanatisme et sacralisation

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Phénomène en pleine expansion, l’édition collector – voire les éditions collectors – devient la nouvelle norme marketing des jeux à licence et des blockbusters vidéoludiques. Plus aucune grosse sortie n’est accompagnée de sa version clinquante pour appâter le joueur bourgeois. Cette génération de console marque le début d’une nouvelle ère vidéoludique où les constructeurs et les éditeurs ne souhaitent plus satisfaire le joueur lambda mais aussi flatter l’égo du joueur supérieur – Übergämer, qui doit se distinguer de l’Untergämer – joueur lambda devenu inférieur – en achetant l’inutile, c’est à dire le goodies à 1€ qu’il est fier d’avoir payé vingt fois plus cher. Fracture sociale aurait dit l’ancien RPR, lutte des classes aurait hurlé le dernier communiste (décédé il y a peu),  et discrimination dirait-on aujourd’hui. 

"Yes Sir! Je combat les inégalités"

"Yes, Sir ! Je combat les inégalités."

Mais il s’agit avant tout d’une nouvelle logique de marché, économique par essence, qui vise à désuniformiser l’offre afin de répartir la demande entre les acheteurs occasionnels et mesurés, et les privilégiés consuméristes compulsifs qui aspirent à la différenciation par l’élitisation de leur consommation. C’est par ailleurs un outil de nivellement par le bas, avec des acheteurs qui vont choisir une console dans sa version la plus abordable mais sans disque dur, bridée, dépourvue de rétro-compatiblité et d’autres fonctions nécessaires à l’expérience globale de la console. Tout en haut de la hiérarchie, l’élite consumériste bénéficie de l’expérience totale avec un espace de stockage permissif et des fonctions dont l’Untergämer est privé. 

En outre, de plus en plus d’éditions collectors contiennent des niveaux, des armes ou des costumes bonus qui, à l’image du contenu payant, ne sont pas des suppléments mais des parties retirées de la version « grand public ». 

"J'ai qu'un Xbox 360 Arcade, et je t'emmerde sale richard !"

"J'ai qu'une Xbox 360 Arcade et je t'emmerde, sale richard !"

D’un point de vue purement matérialiste, les goodies « offerts » sont généralement de mauvais goût, laids, enfin ce sont des goodiesLa montée de l’intérêt pour ces coffrets n’est certes pas liée à une explosion du pouvoir d’achat, cela se saurait, mais plus à une japonisation mentale de la « culture jeune » occidentale. Le fanatisme des otakus, collecteurs mécanisés au service d’une idôle superficielle ou fantasmée, et cataloguée au rang d’objet sacré, a traversé les océans et s’instille sournoisement dans nos modes de consommation. La question reste toujours la même : quel sorte d’intérêt peut-il y avoir à posséder la version collector d’un jeu souvent dénué de matière artistique et au contenu intellectuellement inférieur à un (bon) livre pour enfant ?

Par delà mon jugement péjoratif sur les goodies, je dois reconnaître que certaines versions collectors sont très intéressantes lorsqu’elles permettent d’avoir un aperçu du processus créatif, notamment grâce à des artbooks ou des making-of. En clair, l’intérêt d’une version collector provient davantage de son contenu mediatique (livret, cd audio, dvd video) que des jouets fan service.

"J'aime la grande musique. Surtout la J-Pop."

"J'aime la grande musique. Surtout la J-Pop."

Les victoires progressives du consumérisme collecteur ne sauraient être expliquées seulement par la société de consommation d’origine américaine et par son extension japonaise fanatisée. Les réponses sont multiples et convergent de mon point de vue vers l’idée que la transmission culturo-artistique européenne est à son stade terminal, en ce qu’elle ne protège plus de l’influence comportementale extérieure. L’adoration de personnages et d’univers virtuels a un effet pervers majeur, en ce que le virtuel se constitue en remplacement du réel (idôles physiques), se détournant de l’imaginaire qui reste cloisonné à l’intérieur du sujet. En clair, il ne viendrait jamais à l’esprit d’un lecteur de Victor Hugo de se procurer une figurine de Jean Valjean ou une carte stylisée des égouts de Paris. Du confort d’adorer des univers préconçus et des personnages finis, le collecteur participe du déclin de la création et avant tout de sa propre création mentale.

Quand le visuel ne se suffit plus dans l’univers vidéoludique et qu’il doit investir l’univers du joueur – c’est à dire le réel, il y a une confusion entre la réalité virtuelle (le jeu vidéo, le cinéma, la BD, la littérature etc.) et le monde sensible, dont la virtualité subjective (l’imaginaire comme alternative mentale et poursuite des univers parallèles) constituait le rempart objectif.

si t'achètes du collector et des goodies, t'es un enfoiré de capitaliste et je te latte les couilles."

"J'résume pour les débiles : si t'achètes du collector et des goodies, je te latte les couilles."

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8 Réponses to “Du veau d’or au collector : Fanatisme et sacralisation”

  1. Jack972 Says:

    Les editions collectors sont certes chère mais de la à les définir comme élitistes c’est du grand n’importe quoi!
    Je n’est peux etre pas compris la vision de l’auteur de l’article mais franchement…faire le lien entre l’augmentation du nombre d’éditions collectors et la « japonisation » de la culture jeune…excusez moi mais c’est une pure connerie.
    Je pense que c’est avant tout du fan service donc le produit est donc destiné aux fans et non à des ubergamers ou autres à la grosse tete cherchant a montrer leur superioité.
    A certaines parties de l’article on se serait cru devant un discours de sego contre le club do…enfin bref un long et beau discours (avec de Grand mots!) pour rien.Dommage.

  2. Néant Says:

    « cher », « augmentation du collector », « fan service » = japonisation des habitudes de consommation. La culture japonaise, comme l’ont vite compris les figures de la culture de masse américaine, est basée sur le produit dérivé. Ce sont les produits dérivés qui rapportent le plus. George Lucas en sait quelque chose, tout comme tous les dessinateurs de manga et pour l’instant dans une moindre mesure les créateurs de jeux. Tout ce qui est rare et cher est élitiste, ce n’est pas une critique. Pour se procurer une édition collector d’Halo ou de Resident Evil 5, faut être un peu fan, c’est sûr, mais il faut surtout avoir de l’argent à claquer dans de l’inutile, et s’en satisfaire. Je dis inutile car les univers des jeux actuels sont tellement pauvres que vouloir les faire investir le réel est un marqueur de vide culturel.
    J’ai évoqué le sujet des ARTBOOKS dans mon article, un des seuls objets qui comporte un réel intérêt à mon sens. Car effectivement, c’est un livre, et il transmet la vision artistique des dessinateurs qui a souvent été édulcorée durant le processus de développement. Ce qui, même pour un jeu médiocre, comporte un intérêt créatif.

    p.s : j’étais fan du Club Dorothée.

  3. Jack972 Says:

    Je comprend ton avis Néant; c’est surtout le terme de Übergämer qui me gene :si il est vrai que les éditions collectors sont très chère (enifn moi je claquerai bien un « petite » centaine d’euro pour celle de Resident Evil 🙂 ) je pense pas qu’il n’y que des bourgeois ou autre pour en acheter.
    Je pense que l’augmentation du collector vient plus de la croissance du marché vidéo-ludique et donc de la demande même si il y a un peu de « japonisation » dans tout ça ;).
    Enfin pour ma part je n’ai rien contre ça ,tant qu’il ne nous force pas à mettre 90euro dans chaque jeux (Quoi que c’est quasiment le prix que l’on paye pour un jeu en Martinique.) ça ne me gène pas ,d’autant plus que moi j’adore les éditions collector (et surtout les artbooks).

  4. Néant Says:

    En fait, je me souviens des jeux PC avant le passage au DVD. Les acheteurs avaient droit à des grosses boites en carton et il y avait toujours de superbes livrets de centaines de pages à l’intérieur. Aujourd’hui, le packaging des jeux PC est devenu aussi pauvre que celui des jeux consoles, pour lesquels il faut payer 20€ euros supplémentaires (au minimum) pour avoir droit à ce qui était présent d’office dans les jeux à 360 fr (55€) il y a une dizaine d’années. Pour le coup, ils rajoutent des goodies à 1€ histoire de faire passer le pillule.
    Mais je suis d’accord que l’augmentation des versions collectors suit la croissance du marché vidéo-ludique.
    Enfin, quand je parlais de joueur « bourgeois », je parlais plus d’une mentalité, d’une attitude, que d’une condition sociale.

  5. saret Says:

    tes cons

  6. Néant Says:

    Tu parles de mon harem ? … Finis ta phrase, je suis intéressé.

  7. Mirr Says:

    Une analyse intéressante comme celle-là …. est totalement contradictoire avec vos diatribes de l’article « Nintendo emmerde Greenpeace », c’est assez amusant =)
    « Espèce de sale anticonsumériste qui martyrise les acheteurs innocents, va ! »
    😀

  8. Mirr Says:

    (mais je ne suis pas d’accord avec le fait que cela constitue une « japonisation » de nos sociétés, ou si peu : c’est simplement la logique du capitalisme. Karl Marx parlait déjà il y a bien longtemps du « fétichisme de la marchandise », pour le citer …. et je ne crois pas qu’il pensait au Japon =) si on veut en comprendre les principaux effets pervers je conseille un ouvrage récent : « La dissociété », de Jacques Généreux, rééd. 2008, éditions Point – ou même, un peu plus court mais également pertinent, « Le Socialisme néomoderne » du même auteur, 2009, éd. Seuil).

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