Le demi-test

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Il arrive – une fois tous les deux mille ans – qu’un testeur oublie de se relire et laisse passer une « boulette ». Vieille légende urbaine, il n’était toutefois pas encore officiel que certains sites notaient les jeux sans les terminer. Or, dans le test de Dead Space sur le site jeuxvideo.com, le rédacteur écrit sans complexe dans la rubrique « durée de vie » :

12 chapitres composent l’aventure principale. Pour avoir terminé, en Normal, les six premiers en autant d’heures, on pourra tabler sur une durée de vie de 10 à 12 heures environ. De plus, on ne sera que rarement bloqué vu que les énigmes ne réclament généralement que l’utilisation d’un de nos deux pouvoirs pour être résolues.

N’ayant terminé que 6 des 12 chapitres, le rédacteur ne voit aucun inconvénient à noter la durée de vie, sans jamais se demander si, par hasard, les six autres chapitres se termineraient deux fois plus vite ou au contraire deux fois plus lentement. Noter en supposant, et en comptant sur la probabilité que le schéma du jeu se perpétue et ne se dérègle pas, cela relève d’une démarche de previewseur et non de testeur. Ce dernier ne voit pas non plus de problème à noter le scénario à partir de la seule première moitié de l’histoire. Je ne crois pas avoir jamais lu de critique de film où le rédacteur juge l’œuvre sur sa première heure, ou un critique littéraire qui note un livre sans avoir lu la fin… Juste une remarque : que vaut un éloge dans un test professionnel basé sur la moitié d’un jeu, si l’autre moitié est complètement bâclée scénaristiquement, buggée, et devient ennuyeuse à mourir ?

Cette franchise du rédacteur a au moins le mérite de révéler une pratique navrante dans le milieu des sites de jeux vidéo, où les testeurs sont forcés de rendre les tests le jour ou la veille de la sortie du jeu, et n’ont pas toujours le temps de boucler un test exhaustif. Combien de jeux marrants deux heures notés comme des chefs d’œuvres, alors que dans leur globalité, ceux-ci se révèlent décevants et loins des promesses des éditeurs, tant sur le plan de la durée de vie que de l’intérêt sur le long terme ? Quand des sites font la course pour être les premiers à publier les tests de jeux très attendus, et balancent des notes dithyrambiques (19/20 à Bioshock, 18/20 à Assassin’s Creed, 18/20 à Fable 2,18/20 à GTA 4, 19/20 à Twilight Princess), le lecteur est en droit de se demander si ces jeux sont tellement extraordinaires et aussi parfaits que leur note le laisse entendre. En réalité, la note des joueurs ayant fini ces jeux est nettement inférieure et leur commentaire est plus critique, mettant le doigt sur certains défauts non reportés par les tests professionnels, ou minimisés.

La majorité des tests sont généralement évasifs sur la durée de vie et se contentent de banalités mélangées à des constats similaires aux tests américains, à croire que la perception d’un jeu et de sa durée de vie est similaire par-delà les continents, quand les lecteurs d’un même pays se disputent à ce sujet et n’ont pas les mêmes constats.

Cet article n’a pas pour but de tirer à boulet rouge sur les rédacteurs professionnels, mais de mettre en lumière les pressions qui interfèrent avec leur travail (éditeurs, lobbies de fans, impératifs de temps) et qui à l’arrivée génèrent des tests plus ou moins bâclés où la durée de vie et le scénario sont jugés à l’emporte pièce.

Il y a de cela encore quelques années, les tests n’étaient pas toujours disponibles la veille de la sortie du jeu et les testeurs prenaient davantage de temps pour apprécier l’œuvre vidéo-ludique à sa juste valeur.

Quelques mois auparavant, un collectif de développeurs de jeux vidéo avait tenté – sans succès – de faire adopter une charte de déontologie à l’ensemble du milieu, afin notamment de ne plus jamais sortir de jeux buggés. Je crois qu’il ne serait pas plus mal qu’une charte de déontologie journalistique soit adoptée dans le milieu de la rédaction vidéo-ludique.

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2 Réponses to “Le demi-test”

  1. Robert Patrick Says:

    Mon meilleur souvenir dans le genre reste le test de Xenogears par Panda pour Console+. Test effectué à partir de la démo disponible avec Parasite Eve, donc 5 screenshots des 5 premières minutes du jeu. Pour un score de 75%, si je me souviens bien.
    Légendaire.

  2. Néant Says:

    Pour une coïncidence… Je suis justement en train de découvrir Xenogears et j’avoue être assez impressionné tant par la profondeur du scénario que par l’univers à la Evangelion et le système de combat passionnant (les premières heures tout du moins).

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