Guerrière mythique, les origines de l’Amazone remontent aux croyances des Grecs anciens mais sa réalité n’a jamais pu être attestée autrement que par l’écrit et les représentations antiques. Pourtant, le mythe des femmes guerrières a perduré et des traces de sociétés matriarcales ont été découvertes sur tous les continents. Adapté aux temps et souvent dénaturé, le mythe n’a cessé d’évoluer pour coller aux événements historiques et s’insinuer dans la culture populaire. Ainsi, la représentation de l’Amazone subit les paradigmes esthétiques contemporains.
Pour son premier article et à l’occasion de la sortie du nouveau Golden Axe sur PS360, mettant à l’honneur la guerrière Amazone, ReflectereGame propose de retracer l’histoire esthétique de ses représentations.
1 – L’Antiquité grecque

Bien qu’archéologiquement associée à la région caucasienne eurasiatique, l’Amazone est parfois habillée à la mode orientale. (530-520 av. J.C.)
2 – La peinture occidentale
Source d’inspiration picturale faisant écho aux civilisations Celte et Germanique, nombreux sont les peintres français et allemands à avoir tâté l’Amazone.

C’est d’abord la France qui est à l’honneur avec le baroque Claude Deruet et ses Amazones montées et richement vêtues. (1620)

Un peu plus tôt, le flamand Peter Paul Rubens réalisait sa Bataille des Amazones (1598), dont l’impression de mouvement parvient presque à cacher le (zoomez).

En 1873, le peintre germanique Anselm Feuerbach dépeint à son tour l’affrontement épique des Grecs et des Amazones.

Le détail montre un sein dévêtu mais n’approuve pas la thèse du sein coupé ou brûlé, à l’instar de toutes les autres représentations connues.

Franz von Stück poursuit en 1904 mais la tendance est à l’amaigrissement et à l’érotisation par le nu.
3 – Le XXe siècle et la culture de masse
Au XXe siècle, le mythe s’empare de la culture de masse et pénètre dans l’imaginaire populaire. C’est surtout à travers le genre de l’heroic fantasy que l’Amazone fait une percée, adoptant l’avatar de Sonia la Rousse et croisant la route de Conan.
L’adaptation de Sonia la Rousse en film a permis à Brigitte Nielsen d’incarner la guerrière Amazone.
Les dessins d’art, peintures, et autres compositions picturales ont massivement exposé la part guerrière des Amazones mais ont abandonné son origine chasseresse.

Cette composition récupère la dimension chasseresse que l'Amazone partage avec la déesse Artémis, en apportant l'érotisme moderne.
La dimension érotique de l’Amazone était absente des représentations guerrières antiques mais elle est progressivement devenue un symbole d’émancipation, comme l’atteste sa récupération historique lors de la Révolution Française.

De l’autre côté, les « Amazones » du chef vendéen contre-révolutionnaire François de Charrette, parmi lesquelles la plus connue, Madame Bulkeley.

La figure de la femme guerrière est en fait une vieille tradition française depuis l’emblématique Jeanne d’Arc.
Enfin, d’autres amazones, plus sauvages et primitives sont apparues dans les récits et les représentations.
4 – Beast Rider
Arrive maintenant le véritable sujet de ce dossier : Golden Axe. Apparu sur Megadrive et Master System, ce beat’em all se déroulait dans un univers d’heroic fantasy, et proposait d’incarner trois personnages : le nain, le barbare, et l’Amazone. L’Amazone ressemblait à une top model des années 80, blonde et svelte, en bikini, assez musclée pour faire des démonstrations de « muscular-tv-shopping » ou de « gun in bikini », et pourvue d’une épée pesant au moins la moitié de son poids.

Cover du 1er Golden Axe en version MegaDrive 16 Bits.
En 2008, L’Amazone de SEGA n’a plus rien à voir avec la blonde sexy des années 80 ; elle est métisse, sud-américaine, son look mélange des influences vestimentaires en provenance des tribus africaines, amazoniennes, et également indiennes d’Amérique. Les motifs géométriques de ses vêtements – triangles et losanges, sont caractéristiques de l’esthétique indienne et sud-américaine, tout comme son maquillage guerrier. L’épée est remplacée par une “golden axe” – avec un pic de lance – aux formes évoquant le phœnix cher aux Incas. Ses plumes sont également une nouveauté, et leur disposition est propre aux civilisations primitives. La nouvelle représentation de l’Amazone implique une rupture historique avec le paradigme esthétique antique qui s’était perpétué (avec quelques évolutions liées aux époques) jusqu’à la fin du XXème siècle. Quittant son berceau eurasiatique, l’Amazone voyage et s’établit aujourd’hui dans les tribus sud-américaines dont elle récupère l’imagerie et l’iconographie fantasmatique du primitif et du sauvage proto-civilisationnel.
En bonus, l’oeuvre contempourien de Picasso.
Mots-clefs : Afrique, amazone, Amazonie, Anselm Feuerbach, antiquité, art, épée, beast rider, Brigitte Nielsen, Bulkeley, civilisation, Claude Deruet, Conan, culture de masse, culture populaire, Delacroix, erotisme, François de Charette, Franz von Stück, golden axe, Grèce, Grecs, guerrière, hache, histoire, incas, jeanne d'arc, Kalidor, Marianne, master system, mayas, métissage, megadrive, mythologie, Orléans, Paula Vazquez, peinture, Picasso, Playstation, prOn, PS3, Red Sonja, Rubens, sega, Sonia la rousse, vendéens, Xbox 360













